Stefan Wloszczewski, Histoire de Mogofores, Vol. VI, pp. 289-332.

HISTOIRE DE MOGOFORES

L'ÉTUDE qui va suivre fait partie − elle en représente le premier chapître − d'un ouvrage de caractère monographique sur la structure sociale de Mogofores, village de 210 feux et de 250 familles, faisant partie du concelho d'Anadia du districte d'Aveiro et situé sur la route de Coimbra à Aveiro, à distance égale des deux villes. Ce village fait partie de la Bairrada, cette région, petite de dimension, si nettement différente, cependant, de tout ce qui l'environne, et présente tant sous l'aspect de la composition des glèbes, du climat et d'autres conditions naturelles, que du régime économique, tous les traits caractéristiques de la région. Comme tant d'autres endroits de cette contrée argileuse, il aurait pû être désigné d'un nom plus phonétiquement conforme à son caractère géologique et s'appeler, par exemple, Mogofores de Barro, ou Mogofores de Bairro, comme tant d'autres lieux de la Bairrada: les Abrunheira do Bairro, les Barrô, les Ois do Bairro, les Oliveira do Bairro, les Paredes do Bairro, les S. Lourenço do Bairro, les Ventosa do Bairro ou les Vilarinho do Bairro.

Mais, cette petite particularité mise à part, c'est un pays vinicole avec des ceps disposés géometriquement, un relief modéré, un climat maritime tempéré, des terres pliocéniques, argilo-calcaires, fertiles et relativement faciles à travailler, des terrains bordés d'oliviers et de pins, arrosés par des nombreux ruisseaux, irrigués par une multitude de «noras» ou simplement − de puits à cigogne, donc − agglomération-type du bassin hydrographique de la Cértima, région du vin épais et parfumé à la fois, riche en tanin, bien coté en France par les producteurs du vin de Bordeaux qui l'utilisent puir couper leur vin trop léger, et aussi au Brésil et en Afrique. La Bairrada possède aussi, grâce à l'argile de son sol, aux bois et taillis très nombreux de «pinheiros» et, enfin, à ses oliviers, des matières premières excellentes pour alimenter un tas d'activités industrielles et artisanales complément heureux de son activité principale − la viticulture. Des scieries mécaniques, des fabriques de céramique réputée, des pressoirs d'huile se sont ainsi développés.

Mogofores desservi admirablement par les voies de communications se devait naturellement de posséder une scierie mécanique, / 290 / assez importante, plusieurs moulins à huile, ainsi qu'une industrie artisanale rudimentaire de pierres à construction.

A ces traits typiques puir la Bairrada il faudra ajouter cette particularité avantageuse pour Mogofores d'être bien desservi par un réseau de routes excellentes et par le chemin de fer à deux voies dont la gare se trouve à Mogofores-même. Ce réseau et cette gare ont fait de Mogofores un important centre de trafic, en stimulant par ce fait-même l'industrie, l'artisanat et le commerce locaux.

Mogofores, comme on le voit, ne pouvait être mieux choisi pour représenter les petites agglomérations humaines de la Bairrada. D'âge probablement respectable, absolument typique pour ces conditions naturelles et son régime économique, il semblait réunir toutes les données caractéristiques d'un climat social typique pour cette région, productrice de 200.000 hectolitres d'un viu excellent, de 21.000 décalitres d'une huile réputée, de milliers de tonnes de bois scié en planches et en poutres et d'une céramique de construction, très appréciée, dont les principaux centres de production se trouvent à proximité de Mogofores, à Anadia, à Pampilhosa do Botão et à Oliveira do Bairro.

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Le principal but des études sur la structure sociale d'agglomérations-types pour les régions, étant d'inventorier soigeusement l'état de choses existant, afin de déterminer le degré de leur santé sociale et présumer de l'état futur de celle-ci, le chapître historique de ces études devrait être consacré à faire revivre de telle manière le passé de l'agglomération examinée qu'il puísse mettre en lumière les procès structuraux de la petite entité et découvrir les lois qui réglaient toutes «les actions et les réactions» sociales et économiques.

Mais l'importance capitale de ces investigations d'ordre historique consiste dans la possibilité de tracer le graphique de cette évolution qui seul serait en mesure de permettre à renouer le présent au passé, c'est-à-dire de rattacher la formation structurale de la société au point ou celle-ci se faisait d'une manière spontanée et présentait, par conséquent, tous les caracteres d'un phénomène sociologique sain.

Enfin, c'est ce que l'on appelIe, avec infiniment de raison, faire de la vraie histoire. Basée, en effet, sur des documents authentiques et n'avançant que des affirmations controlables, l'étude de la formation sociale d'une petite agglomération humaine constitue pour toute la société et surtout pour une notable partie de sa population un enseignement d'histoire particulièrement instructif et évocateur.

Contribution à la science, guide indispensable pour législateurs et hommes d'Etat, élément de base de toute étude historique, les enquêtes sur la structure sociale des petites entités − parties intégrales du groupe national, sont ces trois / 291 / choses à la fois. Puisse l'ouvrage sur Mogofores représenter le modeste apport d'un étranger à l'effort scientifique portugais sur ce secteur d'extrême importance.

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L' étymologie du Dom de Mogofores est inconnue. Cette consonnance étrangère à la langue portugaise semblait déjà indiquer l'antiquité du lieu. L'agglomération pouvait survivre des temps très anciens, puisque nous la trouvons déjà mentionnée, comme nous allons le voir ultérieurement, dans les documents du début de la monarchie portugaise.

En tout cas, il est inutile de chercher des renseignements historiques sur Mogofores dans les anciennes encyclopédies et chorographies. Celle, par exemple, du Portugal Sacré et Profane n'en fait aucune mention, par un oubli de son auteur, selon la remarque critique de PINHO LEAL, auteur du Portugal Ancien et Moderne, publié en 1875 / Dictionnaire de géographie, statistique, chorographie, héraldique, archéologie, histoire, bibliographie et étymologie de toutes les villes et villages portugais /.

On ne trouve non plus trace de Mogofores dans une Corografia portugueza e discripçaõ topographica do famoso reyno de Portugal, par le Père ANTONIO CARVALHO DA COSTA (Lisbonne, 1708) qui cependant mentionne bien les localités voisines de Mogofores, comme Espairo, Outeiro, S. Mateus, Avelãs et S. Lourenço, avec cette mention en ce qui concerne ce dernier, qu'il avait reçu sou Foral du roi Afonso 3, en 1293.

PINHO LEAL, lui-même, ne parle qu'en termes très vagues de Mogofores ou Mugofores, village de 80 feux, que l'on appelle aussi, parait-il, Mongofores ou Monfores. Le seul renseignement historique sur Mogofores que l'on trouve chez cet auteur, est la mention du Foral du roi Dom Manoel, qui a été octroyé à Mogofores le 12 septembre 1514.

Un autre dictionnaire (manuscrit), le «Diccionario Geographico », t. 42, de 1758 (Arquivo da Torre do Tombo), consacre à Mogofores une dizaine de ligues d'où l'on apprend que c'est un «couto» de la «Commarca» de Coimbra avec 96 feux et 300 habitants.

Les éléments d'un autre dictionnaire semblable qui se trouvent aux archives universitaires de Coimbra et dont le catalogue a été publié (1) contiennent déjà cependant sur Mogofores des renseignements plus amples. Selon ces informations, Mogofores avait, en 1721, 96 feux et 240 habitants. Des noms de donnateurs sont cités, enfin, ces notes nous renseignent sur l' organisation / 292 /  paroissiale du village (V. volume lV, p. 307 de I'Arquivo do Distrito de de Aveiro).

Par contre un livre tout à fait récent, celui de A. E. REUTER sur les Chancelarias Medievais Portuguesas (2), mentionne Mogofores, comme ayant déjà existé en 1143, puisqu' il a été signalé dans l' acte de donnation à Dona Marina Soares de la Villa de Enchas (aujourd'hui Ancas, à 3 kil. de Mogofores) par le roi Afonso Henriques en termes suivants: dividit cum Mogofores et cum saa.

Ce n' est qu' en consultant les documents concernant les paroisses voisines et notamment celles de S. Mateus, de S. Lourenço et d'Anadia, que nous avons trouvé les traces des droits seigneuriaux du Chapître, de I'Université et du cloître de Santa-Cruz, de Coimbra, sur certaines parties de ces pays séparés de Mogofores de 1 à 5 kilomètres. Cette constatation nous amena à consulter les Tombos des archives du Chapître de Coimbra qui ont été mis obligeamment à notre disposition par M. António Gomes da Rocha Madahil, le distingué Conservateur des Archives et du Musée d'Art de I'Université de Coimbra, jeune érudit qui dirige avec une compétence consommée la revue d'histoire et d'éthnologie Arquivo do Distrito de Aveiro.

L'idée n'a pas été mauvaise, puisqu'elle a permis de découvrir des documents authentiques sur Mogofores ou des copies antiques de ces documents depuis 1226, et de reconstituer ainsi, tout au moins dans ses grandes lignes, I'histoire de notre agglomération.

 À cette date le roi Dom Sancho 2 l'offrit en donnation (foi dada) pelos muitos e bons serviços que prestou à un certain João Dias (]oanni Dias) et à son épouse D.ª Beatriz (Domna Beatrice) le 29 juillet 1226, sans aucun doute des nobles habitant probablement la région, peut-être même dans le voisinage de Mogofores, et qui avaient rendu et continuaient à rendre à la couronne des servires, selon le dit document, multiples et signalés. Le document authentique de cette donnation qui a été faite au camps (cerco) d'Elvas et signée du roi ainsi que de l'archevêque de Braga, des évêques de Lisbonne, de Coimbra, de Viseu, de Porto et de Lamego, du Chef des Portiers, de I'Aumônier royal, du Notaire, du Majordome et du Distributeur de seigle, ne se trouvait plus au Tombo do Cabido de Coimbra. Mais une note manuscrite du 18e siècle de ces archives reco'piait textuellement le document et en conservait jusqu'à l'0rtographe de l'époque.

Cette carte de donnation stipulait que la villa de Mogofores était concédée jure haereditario in perpetuum habendam atque possidendam et concedo ut faciatis de illa quicumque facere
/ 293 /  [Vol. VI − N.º 24 - 1940]  volueritis tanquam de vestra propria haeredia, au bénéfieiaire et  à son épouse et donnait une description détailIée du lieu (lugar).

Mogofores de l'époque était, d'après ce document, séparé de la villa d'Outeiro dont les terres touchent actuellement celles de Mogofores, par le carrefour de Pedra, et de S. Mateus, localité qui se trouve actuellement à un kilomètre, par un monument archéologique − Mamoa da Correga. Il était, d'autre part, séparé de Famalicão (aujourd'hui à 1 kilom.) par un Porto de Cortixada, de Arcos (aujourd'hui à 2 kilom.) par une autre Mamoa, ainsi que d'Ancas, de Sangalhos et de Vale de Estêvão (Valle de Estephano) qui se trouvent aujourd'hui aussi dans son voisinat inimédiat.

Tout ceci est jusqu'à présent parfaitement conforme à l'état actueI des choses. Ce qui surprend par contre, c'est l'extension du Mogofores de l'époque jusqu'aux abords de Sá et de
S. Lourenço, qui se trouvent éloignés de 5 kilomètres de Mogofores et sont actuellement séparés de lui par d'autres paroisses. Enfin, d'autres localités qui entouraient à cette époque Mogofores, telles que Barrio de Alvito, n'existent pIus à présent, soit parce qu'elles ont complètement disparu, soit parte qu'elIes se sont fondues avec les autres.

Le document fait encore mention de mormourais qui se trouvaient près de la route de Coimbra et de l'endroit Canavay (appelé encore Portum de Canavay) qui existe encore aujourd'hui avec un casal de ce nom, propriété de M. João Raposo (3) qui l'avait acheté à un commerçant d'Anadia dont le père l'avait acquis du Général Joaquim Basílio Cerveira d'Albuquerque e Castro, ancien ministre. Les blasons de cette famille noble ornaient encore tout récemment le fronton de la vieilIe demeure.

L'acte de donnation de Dom Sancho II cite encore, comme bornes-frontières du lugar Mogofores, un Porto de Sernada et un Monte de Alvito Longo, dont les souvenirs se sont complètement effacés. Voici d'ailleurs le texte latin et original de ce document, tel qu'il nous est parvenu.

In Dei nomine. Haec est Carta donationis Et perpetuae firmitudinis quam jussi fiere Ego Santius Dei gratia Portugulensis Rex vobis Joanni Dias Et uxori vestrae Domnae Beatrice de illa mea villa de Mogofores quam habeo in termino de Vauga Et istis terminis Circumdatur. In primis dividit Cum VilIa de Outeiro per illum locum qui dicitur incruxiliadas de petris Et deinde per mamoam de Carrega quomodo vadit ad mamoam Sancti Mathei Et quomodo dividit Cum Sancto Laurentio Et Cum Sancto Matheo per aquam de Vaeiri veniendo per ipsam Corregam ad portum de asinis ubi dividit Cum Sancto Laurentio Et Cum Sancto Matheo Et deinde quomodo dividit Cum Sancto Laurentio Et Cum Encas dividit per medium de Barrio de Alvito sub portela de Eneas quomodo vadit per valem ad infestum ad / 294 / Estratam veteram sub mamoa de escusa ad sumitatem de Valonga quomodo dividit Cum Sá et Cum Sangalios Et deinde quomodo vadit ad mamoam de Valle de Estephano sub mamoa de fonte purre quomodo vadit ad improo (sic) usque ad porto de Cortixada Et inde quomodo dividit Cum Familicam per Ficulniam de Ripa rubea Et inde ad directum per suos marcos quos ipsi inter se pusuerant Et inde quomodo dividit Cum Arcos per mormourais Circa stratam Coimbranam Et inde ad directum Quomodo vadit ad fluvium de Arcos Et inde per Canavay Contra Arcos Et quomodo dividit Cum Cedoarxa per portum de Canavay Et inde ad directum quomodo vadit ad montem de Alvito longo Et inde in directum ad portum de Cernada Et inde ad Outeiral per ubi dividit Cum Villa de Outeiro. Ipsam Villam Vobis Et Cunctis successoribus vestris Concedo jure haereditario in perpetuum habendam atque possidendam Et Concedo ut faciatis de illa quiCumque facere volueritis tanquam de vestra propria haereditate. Haec facio pro amore Dei et Beatae Virginis Mariae Et juro multo Et bono servitio quod vos Joannes Dias mihi fecistis Et facitis. Quicumque igitur hoc factum meum Vobis Et successoribus Vestris integrum observaverit sit benedictus a Domino. Amen. Qui vero illud infringere attentaverit iram Dei Omnipotentis incurrat Et quicumque ipse fecerit successor Eius totum in irritum deducat. Facta fuit ista Carta in obsedione de Elvis quatuor Calendas Augusti per meum mandatum Era millesima ducentesima sexagesima quarta. Ego supra nominatus Rex qui hanc Cartam mandavi fieri Coram subscriptis Eam roboravi Et in ea hoc signum feei + Qui praesentes fuerunt. Domnus Estephanus Bracharensis Archiepiscopus Confirmo. Domnus Martinus Portugalensis Episcopus Confirmo. Domnus Petrus Colimbriensis Episcopus Confirmo. Domnus Suarius Vlixbonensis Episcopus Confirmo. Domnus Suarius Elborensis Episcopus Confirmo Domnus AEgidius Visensis Episcopus Confirmo. Domnus Pelagius Lamacensis Episcopus Confirmo, Petrus Petri maior portarius testis. Garcia Ordonis Xaquitarius testis Dominicus Scribanus repositarius testis. Domnus Martinus Santii maiordomus Curiae Confirmo. Domnus Martinus Joannis Signifer Domini Regis Confirmo. Domnus Guncalvus Menendis Confirmo. Domnus April Petri Confirmo Domnus Gil Valasques Confirmo. Domnus Pomovis Confirmo. Domnus Fernandus Garciae Confirmo. Domnus Martinus Pelagii Confirmo. Alphonsus Martinus Eichianus. Fernandus Gunsalvi Cevadarius. Didacus Petri testes = Guncalvus Menendis Cancellarius Curiae = Petrus Salvati Scripsit = loco + sigilli.

(Arch. de I'Univ. de Coimbra, «avulsos do Cabido da Sé», copie du 22 Août 1710).

 

Nous sommes donc bien en présence de Mogofores dans ses limites presque actuelles et qui, ainsi délimité, ne pouvait être déjà qu'une «villa» − un village − une agglomération, quoique l'acte ne parle guere d'habitations et ne cite aucun nom de ses habitants. Il est certain aussi que ceux qui y demeuraient − quelques familles à peine − n'appartenaient pas aux classes privilégiées et faisaient vraisemblablement partie des «villãos» dont on ignore s'ils étaient des «herdadores», c'est-à-dire des cultivateurs (lavradores) qui possédaient leurs terres «librement et héréditairement» − situation assez semblable à celle des propriétaires ruraux actuels, le foro ne désignant alors que l'impôt et non le prix locatif − ou simplement des «malados» (colons-fermiers). S'il en avait été autrement, Mogofores n'aurait pas été donné à une famille noble en souveraineté et / 295 / l'acte de donnation n'aurait peut-être pas manqué de fairé allusion aux contrats d'«emprazamento» que l'on commence à rencontrer seulement, en ce qui concerne Mogofores, au 15.e siècle. Il est, cependant, infiniment probable qu'il n'y avait pas eu en 1226, de «herdadores» à Mogofores, puisque soixante ans plus tard, la seule condition sociale existant à Mogofores, comme nous allons le voir, était celle des «villãos» − genre colons. Enfin, tous ces monuments archéologiques − ports et dolmens − sont d'autant des témoignages d'un passé fort ancien. Vestiges des époques antérieures à l'avénement de la monarchie portugaise, ils semblent attester l'habitation de cette région et précisément du lieu Mogofores dans les temps très réculés de l'histoire lusitanienne, remontants au moins à l'époque romaine, puisque l'on a trouvé tout récemment dans le parc de la propriété du dr. Manoel Luiz de Tavares, au centre même de Mogofores, des briques et autres objets en céramique appartenant à cette époque.

Que les lecteurs nous execusent cette lecture par trop minitieuse du document en question. Elle est due à l'antiquité de ce témoignage, le plus ancien que nous possédions sur l'agglomération étudiée. Nous avions voulu aussi fixer pour la postérité et surtout pour les générations de Mogofores tous les détails véridiques concernant le passé millénaire de leur village dont ils seront certainement avides de connaître le plus complètement possible les péripéties.

C'est donc à un sieur João Dias qu'est révolu Mogofores par la volonté du monarque au début du 13.e siècle. Le fait aurait eu son importance, si la notice qui se trouve dans le cartório do Cabido da Sé (index des anciens archives du Chapître, p. 118) en relatant que cette famille n'avait pas longuement joui des droits royaux sur Mogofores, puisqu'en 1304, le 25 juin, il y a déjà eu mutation: de Mogofores contre un autre domaine (détails plus bas) entre l'évêque de Lisbonne et le Chapître de Coimbra, − et une autre de 13 ans plus ancienne dont nous allons prendre connaissanee et qui est conservée dans les archives de la Mitra (administration épiscopale), volume 17, p. 55, ne lui aurait pas ôté la plus grande partie de son intérêt. Soixante-dix ans ne se sont pas écoulés sans que les droits royaux sur Mogofores ne changeassent, en effet, au moins deux fois de moins, puisque le document du Chapître ne parle plus de Dias mais de l'évêque de Lisbbnne, comme seigneur des droits royaux sur Mogofores, auquel succédèrent, en 1304, le Chapître et la Mitra de Coimbra.

On serait, cependant, presque tenté de rapprocher le passage par la propriété des droits royaux sur Mogofores de la famille Dias d'un fait qui a été relaté dans un document manuscrit anonyme, découvert par M. D. Fernando de Tavares e Távora dans une maison de Cantanhede (la Casa de Sepins). Ce document inédit datant / 296 /   de 1760, prétend que la ville d'Anadia située à 3 kilomètres de Mogofores et où se trouve actuellement le siège du Concelho, prend son nom, contrairement à ce que l'on croyait savoir, d'une dame Ana Dias, qui aurait habité dans des temps fort anciens un casal sans importance au lieu où se trouve actuellement la ville. Cette cultivatrice sans surface aurait réussi, à en croire le document, dans la viticulture à tel point que le renom de l'excellent vin qu'elle produisait et qu'elle vendait sur la route de Coimbra aurait perpetué son nom et la quinta d'Ana Dias serait devenue le noyau de l'agglomération Ana-Dia ou Anadia.

L'auteur anonyme d'un article fort documenté sur Anadia qui a été publié dans la plaquette consacrée à Bairrada par les services de la propagande régionale à l'occasion de I'Exposition du Monde Portugais, cite aussi à l'appui de cette thèse un autre document trouvé dans les archives de la Casa Cabral, de Tamengos. Ce document manuscrit qui date également du 18.e siède, se référant à la version précitée, explique pourquoi Anadia est partagée en deux paroisses.

On serait donc tenté de reconnaître − si les recherches du Dr. JOAQUIM DA SILVEIRA n'avaient pas démontré le caractère apocryphe de cette curieuse légende − que la donnation en 1226, à la famille Dias, de Mogofores, fait authentique puisque confirmé par l'édit royal, rendait la légende d'Ana Dias un peu plus véridique, car l'acte de donnation semble témoigner en faveur de la présence vraisemblablement déjà ancienne de la famille Dias dans la région d'Anadia (4).

Cette digréssion légitime terminée, revenons maintenant à I'histoire de Mogofores. Nous voilà en présence d'un nouveau seigneur du lieu ou plus exactement de deux à la fois − le Chapìtre de Coimbra, qui partagera ses droits avec l'administration / 297 /  de l'évêque, comme nous allons le voir. Ces nouveaux propriétaires des droits royaux, seigneurs directs de Mogofores, conserveront leurs droits jusqu'à nos jours ou, tout au moins, jusqu'à leurs extinctions par voie de rachats des foros ou de la prescription de ceux-ci.

Voyons de près ces documents. L'un d'eux, le plus ancien, date du 22 avril 1291. C'est un acte de vente du lieu Mogofores avec toutes choses lui appartenant, dont la copie figure en tête du Cartório da Mitra au volume n.º 110, p. 55, V., sous le n.º 17. Par cet acte une certaine Domna Sancha GUILElME, «femme autrefois», comme le dit le document, donc veuve, de Dom Pedro Pais, et qui était peut-être et même três probablement − tout porte à le supposer − la seule héritière ou une des héritières de João Dias, faisait savoir en présence de Martins Vicente, notoire publique «de la terre de Vouga», qu'elle avait vendu à Dom João Martins Suylaes, chanoine de Coimbra et de Lisbonne, «tout l'héritage qu'elle possédait à Mogofores et à S. Matheus». Celui-ci était composé, énumere l'acte, de la Quinta, du pré, d'un vignoble et des casais «qu'elle pbssédait en ledit lieu».


Voici le texte authentique de ce document:

COMPRA DO LUGAR DE MOGOFORES COM TODAS SUAS PERTENÇAS

Era de mil e trezentos e vinte e noue annos vinte e dous dias andados de Abril Domingo em dia de Paschoa. Cognosuda Couza seja a todolos prezentes, e aos que ham de vir, que este publico instromento virem, e Ler ouvirem, que em prezenca de mim Martim vicente publico Tabaliom em terra de Vouga perdante as testemunhas, adeante escriptas Domna Sancha Guilelme molher, que foi em outro tempo de Dom Pedro Paes Cidadam de Coimbra prezente em Mogofores disse, e reconhece o Como vendera a Dom Ioam Martins de Suylaes Conigo de Coimbra, e de Lisboa todo o herdamento, que ella havia em Mogofores e em Sam Mattheus a quintaa, e a seara da vinha, e os Cazais que ella há nos ditos Lugares, Com todolos Seos termos, e Sas pertenças asi como ella os ditos herdamentos tragia, a Sa mam, e em sa posse; e chamados, e prezentes todolos homens que moram nos cazais dos ditos herdamentos, e a dita Domna Sancha meteo entom na pesesom dos ditos herdamentos, o dito Dom Ioam Martins, e deo a dita Domna Sancha Seo poder Comprido a Domingos Pires dito Bacaquo cidadam de Coimbra, que metesse em processom Corporal dos ditos herdamentos ao dito Dom Ioam Martins, e o dito Domingos Perez Logo a esse dia meteo o dito Dom Ioam Martins em Corporal pocessom de todolos ditos herdamentos, e da Quintaã de Mogofores Com todolos termos, e direytos, que pertencem a dita Quintaã, e aos ditos herdamentos de Mogofores, e de Sam Mattheus pellas portas, e pellas chavez e pella telha da dita Quintaã, e por ramos verdes, e por terra, e por Colmo, e o dito Dom Ioam Martins, recebeo a pocessom e recebeo todolos ditos herdamentos por Seos Livres, e pedio a mim dito tabaliom que de todas estas Couzas Sobreditas lhe desse em the hum publico estromento e eu dito tabaliom a rogo do dito Dom Ioam Martins / 298 / este publico estromento Com minha mam propria escrevi em testemoio de verdatle, e este meo sinal aqui ruge que tal est. Que prezentes foram Ioam Antonio Arcediago de Coimbra − Domingos Migueiz Priol de Botom − Affonso Lopes Clerigo − Pay Fernandes − Domingos Lucas de Coimbra e outros muitos. Lugar + do Sinal publico.

(Vol. n.º 110 do cartório da Mitra [antigo n.º 17] − fl. 55 v.)


Le révérend père João Martins Suylaes ou Soalhães n'était autre que le futur évêque de Lisbonne et archevêque de Braga, nommé prince de l'Eglise en 1294, três considéré par le roi Deniz qui l'avait comblé de faveurs. Il a institué ses terres qui étaient nombreuses, puisqu'il avait reçu du roi tout ce qui avait appartenu à son grand père Gonçalo Viegas Porto
Carneiro, en majorat de Soalhães qui est passé à ses héritiers. Il est mort en 1325.

L'autre document n'est qu'une notice du 17.e siècle conservée dans le volume de l'index du Chapître. Il se borne à mentionner un échange qui a eu lieu le 25 juin 1304 entre «l'évêque de Lisbonne D. João et l'évêque de Coimbra D. Estêvão», par lequel, «avec l'autorisation du Chapître», on a échangé les lieux de Carvalho, Vordonho, Sercosa et S. Vicente qui appartenaient «à la Cathédrale et à la Mitra de Coimbra» contre «les prazos  de Mogofores, Condeixa, S. Marcos et Ventosa».

Nous ne savons donc guère ce qui s'est passé à Mogofores de 1226, date à laquelle ce village a été pris en possession souveraine par João Dias et son épouse Dona Beatrice, à 1291, date à laquelle une partie au moins, sinon la totalité du lieu, a été vendue au futur évêque de Lisbonne. Mais à cette dernière date et surtout 13 ans plus tard, comme il ressort des documents cités, Mogofores n'appartenait plus à cette famille. Il avait été alors la propriété de l'évêque de Lisbonne avant de devenir partagé en 1304, entre deux propriétaires, souverains désormais du lieu, le Chapître de Coimbra et la Mitra de cette ville.

Quant aux habitants des casais à Mogofores, ceux-ci étaient-ils nombreux et de quelle catégorie sociale faisaient-ils partie, lors de la prise de posséssion de ce lugar ou plus exactement des droits souverains sur cette villa par les deux nouveaux propriétaires seigneuriaux? Peu d'indices à ce sujet n'aient transpiré de ces temps. Nous savons simplement qu'ils avaient bien existé et que certains d'entre eux, comme il fallait s'y attendre, et probablement tous, restaient dans un état de dépendance par rapport à Dona Sancha, car ils sont venus à Coimbra le jour de la signature du contrat pour y apposer leurs signatures de témoins. Nous savons même davantage − que ces témoins habitaient les casais qui appartenaient à Dona Sancha et ne pouvaient donc être que des «malados », emphytéotes ou colons, peut-être, même, colons-serfs. Nous pensons, / 299 / enfin, mais ceci n'est qu'une supposition, que les tenants des casais n'étaient pas encore des emphytéotes, car l'acte en question n'aurait pas manqué de signaler l'existence des contrats d'emphytéose. Le premier document qui en fait état est le compte-rendu détaillé d'une visitation de Mogofores par deux écclésiastiques, O Cónego Alvaro Afonso et O Tercenário Fernando Afonso, Prior de Sebal, envoyés par le Chapître avec mission. Ils ont décri les lieux visités en 1450, dans un document qui se trouve inclus dans un magnifique livre manuscrit sur parchemin, de l'époque, dassé dans les catalogues des Archives de l'Université de Coimbra sous le nom de Livro dos Pregos.

Les pages 22-28 de ce vénérable document constituent la description faite par les deux chanoines, du prazo de Mogofores et du Couto de l'évêque. Il en résulte cette première constatation: que Mogofores, ou du moins une partie de celui-ci appartenant à l'évêque, était érigé en couto avec toutes les prérogatives, qui étaient, comme l'on sait grandes, attachées à ce privilège royal.

Les braves chanoines ont constaté tout d'abord la présence à Mogofores d'un petit palais de l'évêque (paço do bispo) dont le locataire, João Afonso de Arouca, marié avec Margarida Domingues, percevait le montant des foros. Il exploitait en plus un domaine en emphitéose pour deux générations (le texte à cet endroit n'est pas précis et il se peut que l'allusion à l'emphytéose ne concernait que le prazo et non la quinta, considérée comme casal séparé, qui pouvait lui être confiée aux mêmes droits qu'aux autres caseiros-colons).

La quinta était cloturée par un très bon mur à l'intérieur duquel se trouvait, en plus du casal une porcherie couverte de tuiles, un puits que João Afonso de Arouca a construit et un chais en construction en Pierre et en bois. Le terrain était couvert de vignobles qui ont été plantés par l'emphytéote en question.

João Afonso de Arouca et Margarida Domingues, son épouse, payaient pour le prazo de Mogofores 100 livres de l'ancienne monnaie tous les ans, qui valaient alors 500 chacune. Le document de prazo, que l'emphytéote avait montré aux chanoines, stipulait aussi que la deuxième génération payerait 110 livres. Les chanoines ajoutent qu'ils ont recommandé au sieur João Afonso de Arouca la bonne administration du prazo.

Que d'indications inestimables pour un historien et un sociologue contiennent ces constatations et ces recommandations, notons ceci en passant, car notre sujet nous interdit de nous en occuper davantage.

Le domaine donné à João Afonso de Arouca en emphytéose était entouré de plusieurs casais. Les délégués du Chapître les énumèrent tous. C'est ainsi que l'on apprend les noms des cultivateurs qui y démeuraient: Afonso Esteves et sa / 300 / femme Eleonora Afonso (casal Ribeiro dont le nom est donné aujourd'hui par les habitants du pays à un quartier à l'intérieur même de l'agglomération), Afonso Domingues et sa femme Margarida Lourenço; Alvaro Anes et sa femme Senhorinha Peres (casal Juncal dont le nom est donné aujourd'hui au quartier de l'école); Violante Martins, mariée autrefois avec João Esteves, natural de Vacariça, et on disait que son mari était en Afrique; Alvaro Anes, originaire de Fonte et sa femme Maria Peres; (5) la veuve de Afonso Anes, aveugle (casal de Vale de Estêvão, localité qui voisine aujourd'hui avec Mogofores); João Peres et sa femme Branca Afonso (casal de S. Mateus − localité à 1 kilomètre aujourd'hui de Mogofores); Vasco Martins et sa femme Leonor Afonso (demi-casal à S. Mateus) Gonçalo Vicente et sa femme Guiomar Afonso (deux casais à Alfelas − Iocalité qui se trouve aujourd'hui à 1 kilomètre de Mogofores); João Fernandes et sa femme Inês Gonçalves (casal Quintela − localité qui se trouve aujourd'hui à 6 kil. de Mogofores, peut-être aussi le quartier actueI de Mogofores, à son extrémité-sud, appelé Quinta).

Ces 10 ou 11 familles exploitaient 16 ou 17 casais, car certaines d'entre elles dont les chefs étaient João Afonso de Arouca, Afonso Esteves, Alvaro Anes ou Gonçalo Vicente cumulaient l'exploitation de plusieurs domaines. Enfin, deux casais pour le moins, étaient non seulement inhabités mais même inexploités, ce dont s'étaient plaints les chanoines-visitateurs, tous les deux situés à Vale de Estêvão et qui appartenaient, un à l'évêque, l'autre au chapìtre. Autrefois Afonso Anes y habitait pendant plus de 70 ans et maintenant sa femme est aveugle et ne possède rien.

Le document parle encore d'une petite chapelle de Sainte Marie et d'un moulin à moitié délabré à côté de celle-ci et pour lequel Afonso Domingues payait tous les ans une poignée d'ail et une autre d'oignons, deux coqs et 20 soldes.

Tous ces domaines étaient confiés aux cultivateurs précités moyennant des conditions presque identiques de foro, ce qui ne veut pas dire encore qu'ils étaient loués en emphitéoses. C'est ainsi, précisent les écclésiastiques, que le casal de Ribeiro payait 8 alqueires de blé de 1.e qualité et 8 alqueires de blé de 2.e qualité à titre de foro, et encore 1 alqueire de blé à titre d'alcavala et aussi 5 alqueires de blé à titre de fogaça et encore 1 alqueire de farine criblée et encore un canard, un poulet, un / 301 / coq et 3 poules au Noël et encore 4 soldes de l' ancienne monnaie, à titre d'eiradega, et encore 30 soldes de l'ancienne monnaie, à titre de montadego, et encore 2 almudes de vin. Le casal de Juncal payait un foro exactement pareil; c' était aussi le cas des casais exploités par les familles Vicente-Lourenço et Domingues-Lourenço. João Peres payait pour le casal de S. Mateus à titre de foro 4 alqueires de blé de 1.e qualité et autant de blé de seconde qualité, et à titre de fogaça 2 alqueires de blé propre et à titre de leitiga18 dinheiros de l'ancienne monnaie et encore trois moitiés (de mesure) de vin et encore un coq et une poule. Gonçalo Vicente, qui payait le même montant de foro que ceux de Mogofores, était imposé, en plus, de 2 almudes de vin et de 2 tigeladas à titre de Eiradega. Le domaine de Quintela payait, en plus du foro habitueI, un canard et une épaule de porc qui devait avoir 9 côtes.

Les observations des chanoines projettent une lumière bien curieuse sur le régime économique et social, comme on serait tenté de le dire en termes modemes, − de l'époque. Ils parlent, par exemple, d'avoir autorisé le jeune Alvaro Anes, qui avait planté une partie de sou vignoble, de cultiver d'autres terrains, et signalent certaines terres délaissées par un des «lavradores». (Afonso Domingues), comme c'était le cas des deux casais à VaI de Estêvão ou ils ont obligé même la veuve aveugle d'Afonso Anes d'habiter une de ces demeures.  Cette pénurie de bras explique sans aucun doute le montant insignifiant, au tout au moins très bas, des foros.

D'autre part, les constatations faltes par les ecclésiastiques au sujet du bon ou du mauvais entretien des cultures et des habitations et le souci qu'ils se faisaient dans les récommandations diverses à l'emphytéote et aux «caseiros» soulignent le caractère de propriété totale des seigneurs directs de Mogofores. Enfin, ces notes détaillées permettent de se rendre compte des usages et de l'état de l'économie rurale: partout on cultivait des vignes qui semblaient s'étendre de plus en plus au détriment du blé, on élevait non seulement des porcs, comme aujourd'hui, mais aussi des boeufs et des vaches, le cheptel était nombreux, les basses-cours bien garnies, les habitations étaient pourvues de porcheries, caves, chais et pressoirs, on apportait le grain aux moulins, on tuait le cochon que l'on débitait aussi sur le marché, on séchait les graines et on chassait, on construisait, enfin, des puits particuliers, prototypes de ceux destinés aujourd'hui à arroser les terres par trop désavantagées par les longues périodes de sécheresse. Il semble, à la lumière de ces notes et observations, que les méthodes de culture n'ont pás beaucoup varié à Mogofores depuis 1450, et que l'idée de ce que l'on appele aujourd'hui en termes courants, rationalisatión des cultures, ne gagnait que très lentement les esprits des habitants du pays.
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Quant à la structure saçiale de l'agglomératian qui ne comptait alors que quelques vingt demeures groupées autour du palais épiscopal et d'une petite chapelle de la Sainte Vierge, les habitants semblaient appartenir à une seule classe sociale, celle des «malados» exploitant leurs terres conformément aux usages du colonat puisque l'emphytéote du prazo entier de Mogofores, de la partie de celui qui appartenait au Chapître et, tout porte à le croire, aussi de celle de la Mitra, le seigneur du prazo de Mogofores n'était autre qu'un de ceux-ci João Afonso (natif de Arouca) et que tous, ils payaient, soit au Chapître de Coimbra, soit à l'évêque, soit, enfin, comme c'était le cas de deux casais situés en dehors des limites de Mogofores, à S. Mateus et à Alfelas, une partie, sinon la totalité de leurs foros (qui pouvaient ne pas être que des impôts fonciers) au Monastère de Santa Cruz à Coimbra − cas du casal de Gonçalo Vicente à Alfelas, ou au senhor de S. Lourenço − cas de Vasco Martins, du casal à S. Mateus.

Les familles semblent être, pour la plupart, apparentées les unes aux autres. On ne trouve, en effet, que des Afonso, de Lourenço, des Domingues, des Anes, des Fernandes, des Martins, des Esteves ou des Peres, et deux familles, seulement, sur les 13 au 14 qui avaient été nommées par les visitateurs, ne se répétaient qu'une seule fois: les Vicente et les Gonçalves.

Les seigneurs des droits royaux, seigneurs directs de Magofores − le Chapître et la Mitra, comme il résulte de ce document − étaient absents du lieu, l'évêque seulement y possédait une résidence, n'habitée probablement qu'à des rares intervalles ou louée même en totalité au seigneur du domaine utile. La rélation des deux chanoines, si détaillée et si minutieuse, parfois, reste, enfin, complètement muette au sujet de l'existence d'autres couches sociales. Il est donc à présumer qu'il n'y avait pas, à l'époque décrite, à Mogofores d'emphytéotes, de «herdadores», de domestiques (serviçais voluntários) ou d'artisans, ou s'il y en avait, ce n'est qu'en quantité infime, le casal étant une entreprise agricole et familliale de caractère patriarchal exploitée en colonat selon les règles usuelles − qui correspondait à ce que l'on a l'habitude d'appeler aujourd'hui une exploitatian paysanne aisée, exploitée par son propriétaire directement ou par des fermiers ou même métayers, mais ne recourrant pas à la main-d'oeuvre salariée.

João Afonso de Arouca n'était, cependant, pas le premier emphytéote du prazo de Mogofores, qui n'avait été partagé en deux, partie Chapître et partie Mitra, que beaucoup plus tard. Il a été précédé, en effet (6), en cette qualité et fonction par / 303 / Vasco Lourenço qui, lui, devait être, par conséquent, le premier seigneur du domaine utile ou prazo de Mogofores.

A João Afonso de Arouca succéda, en 1471, João Barradas, écuyer de l'évêque de Coimbra, avec qui un «emprazamento» fut conclu le 11 mars 1471, quelques mois avant le décès de João Afonso de Arouca, en prévision de la mort imminente de celui-ci. Le contrat stipulait que Mogofores était donné à João Barradas en «prazo» pour 3 générations aux mêmes conditions qu'à ses prédécesseurs. Le nouveau seigneur s'engageait à «vivre» à Mogofores et à «peupler» les casais de la quinta, ce qui semblait confirmer les conclusions que nous avons tirées des documents analysés, de 1291 et de 1450, au sujet de la structure sociale de l'agglomération, à savoir que le seul emphytéote était alors à Mogofores le seigneur du prazo entier et qu'il n'y avait pas encore ni de sous-emphytéotes ni de «vilãos»-propriétaires (herdadores). L'emphytéote, enfin, le contrat le stipulait nettement, n'avait pas le droit de vendre tout ou partie du prazo (de ses droits emphytéotiques) à qui que ce soit.

A João Barradas succéda cependant déjà en 1478, après la mort de ceiui-ci, le représentant d'une autre famille qui n'était pas apparentée au défunt mais uniquement à sa veuve, João de Sá. C'était déjà un noble, écuyer, comme João Barradas, «da casa do Bispo D. João Galvão», comme ie précise le document de l'emprazamento (Livro nº, Parte IV, P. 337), mais aussi l'ancêtre des comtes de Anadia.

Le nouveau seigneur du «prazo», marié à Mecia Gomes, était le gendre de Isabel Correia, veuve de João Barradas qui renonçait en faveur du Chapître du prazo de Mogofores à condition qu'il fut confié à «son gendre». Le nouveau contrat contenait cette clause singulière, que le successeur pouvait être désigné par l'emphytéote et celle, plus singulière encore, que le contrat pouvait être rompu de part et d autre moyennant une indemnité de 50 livres.

En 1517, l'aforamento du prazo de Mogofores a été confirmé au fils de João, Aires de Sá e MeIo, fidalgo d'envergure, qui habitait à 1 kilomètre de Mogofores, à Anadia, un palais démoli
seulement au début de notre siècle.

Ce n'est que beaucoup plus tard et, plus précisément, en 1686, que nous trouvons le prazo de Mogofores partagé en deux et confié séparément à deux seigneurs − emphytéotes − du domaine utile. Celui du prazo chapitrial s'appellait, comme nous allons en prendre connaissance par la suite, Francisco de Melo de Sampaio et celui du prazo épiscopal alors vaccant, (VoI. II, du Cartório de la Mitra, ps. 285-326) devait s'appeler, un peu plus tard, Manuel Pereira de Melo Coelho.

Mogofores a reçu son foral le 12 septembre 1514, c'est du moins ce qu'affirment M. MARQUES GOMES, auteur d'un livre / 304 / intitulé: O Distrito de Aveiro, et PINHO LEAL, déjà cité. Nous n'avons pas pu retrouver (7) le texte de ce premier foral (qu'en régistre aussi l'index des archives de la Mitra de Coimbra (Vol. 6, p. 194), mais la copie du second, en date du 8 mai 1520, donc concédé 6 ans plus tard, se trouvait au Tombo du Chapître ou elle a été déposée après que le document fut récopié en 1780 à la Tour du Tombo, dépôt légal des édits royaux à Lisbonne, sur la demande de Dona Maria Joana Rita de Bourbon pour son différend avec le Chapître de Coimbra ou plutôt à l'occasion de sa demande de renouvellement du prazo de Mogofores.

Nous voilà donc en 1520. Le 8 mai de cette année le roi Manuel signa à Evora le deuxième foral de Mogofores. Le document est intitulé Foral do Couto de Mogofores, mais le texte ne parle par deux fois que du Concelho. Cette carte de franchise est pour notre étude d'une extrême importance, car elle enrégistre en quelque sorte la structure sociale de Mogofores à cette date.

Nous allons la reproduire en entier en corservant même l'ortographe du document, publié déjà, du reste, dans la série, de Forais du Roi Manuel I rélatifs au districte d'Aveiro, dans le vol. VI de la revue Arquivo do Distrito de Aveiro.


FORAL DO COUTO DE MOGOFORES

Dom manoel por graça de Deuz Rey de Portugal e dos Algarvez daquem, e dalem mar em Africa Senhor de Guiné, e da conquista navegaçaõ Comercio da Ethiopia Arabia perçia, e da Judia &ª. A quantos esta nossa carta de Foral dada para Sempre a terra e concelho de Mogofores do Bispado de Coimbra Virem Fazemoz Saber que por bem de Sentençaz, e determinaçoens, gerais, e expçicais que foraõ dadas, e feitas por noz Com os do nosso Concelho, e Letrados acerca dos Forais dos nossos Reinos, e dos direitos Reais, e Tributos que Se por elles deviaõ de Arrecadar, e pagar, e aSim pellas inquiriçoenz que principalmente mandamoz fazer em todos os Lugares de Nossos Reinos, e Senhorios e Certificadas primeiro com as pessoas que os ditos direitos Reais tinhaõ achamos que os direitos foros da dita terra, e Concelho de Mogofores Se haõ de aRecadar, e pagar daqui em diante da Manejra e forma Seguinte
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FORO DOS CAZAIS

Paga primeyramente Cada hum dos Sinco Cazais que ali há pelIa velha hum quartejro, como vem a saber outo de trigo = e outo de Segunda, Segundo a tiverem antes de ser dezimado, e mais pague cada cazal depoiz de pago o direito de Raçaõ abaixo Seguinte de Cada Cazal huma Teiga todo pella medida Velha que fazem pella medida nova doze alquejre, e meyo como vem a Saber os dezaçeis alquejrez de Sima do quartejro =

E pagaraõ mais de toda a Semente das terraz propiadas a estes cazais de sinco hum de todo o paõ, e Legumes, e do Linho e vinho de seis hum =

E das terraz que novamente Saõ Rotas Saõ emprazadas de outo hum Segundo cada pessoa particullarmehte tem por Seus prazos, e cada cazal hum capaõ, e tres galinhas, e hum Pato, e hum frangaõ e naõ pagam outros direitos.

E o cabbido de Coimbra tem neste Lugar outros tantos Cazaes, e foros como o Bispo que asim se lhe pagaraõ.

E pagam sse mais o dinhejro das vendagenz Segundo o foro Sobredito, que Se pagaõ das terras que Se vendem.

Pagar sse há mais o terradigo acostumado convem a Saber do preço pelIo que venderem outro tanto dinhejro quanto Se paga da terra de Reçaõ.

Despoiz de feito, e asignado este Foral atras de Mogofores nos foi Requerido por parte do Bispo, e Cabbido que por culpa e nigligençia de seus procuradores ao tempo que se fez o dito Foral ficaraõ alguns foros, e direitos que Sempre ahij pagaraõ Sem nenhuma contradiçaõ por bem do qual por corregim.to e petiçaõ que Sobre isso foi feita foraõ proguntadas todas as pessoaz por juramento Judecialmente que as taes couzas aSim pagavaõ, e por todos foi declarado que as couzas Seguintes que naõ vaõ neste Foral se pagavaõ Sempre ao dito Bispo, e Cabbido Convem a saber que o dito Bispo tinha no dito Lugar in Solidum Sem cabbido humaz cazas, e hum Serrado.

 E aSim tem o dito Cabbido in solidum Sem o Bispo outras Cazas Suas, e mais hum Serrado junto da porta da vinha, e huma deveza ao penedo da qual alguma, q. hé toda do Cabbido está em deveza, e outra em terra.de paõ.

Foy declarado que os matos que se Rompiaõ dos ditos cazais, e Suas demarcaçoens pagavaõ o foro de permejo entre o Bispo, e cabbido.

Item mais o Cabbido a deveza, e hum curral, que traz hy Fernão de Afonço de que se paga cada anno hum Patto, e pagaõ mais cada hum dos ditos Cazaes do Seu paõ proprio hum alquejre de farinha de trigo, e hum alquejre de Sevada o qual Se pagava do monte maior e naõ do seu.

E pagavaõ maiz os ditos cazaes em cada hum anno dous almudes de vinho pella velha que saõ quatorze mejas da medida Coimbraã, e alem disto pagavam as Reçoens da terra segundo Custumavaõ, e foi declarado em seus titulos, e Escrituras.

E tem o dito Cabbido in sollidum dous Cazaes, e moinhos em Alfelloaz.

E tinha maiz in Solidum hum Cazal em Quintella dos quais Cazaes se pagavaõ os foros Segundo Seus aforamentos.
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E
por conseguinte tem o dito Bispo in solidum em Saõ Matheus douz cazaes de que pagavaõ de sete hum da Raçaõ e naõ pagavaõ outro foro.

E assim tem o dito, Cabbido in Sollidum hum Cazal, e mejo, e do meijo lhe naõ pagaõ foro Somente de Sete hum de Raçaõ, e do Cazal enteiro pagavaõ de foro quatro alqueyres de trigo, e quatro de Segunda e dons alqueyres de trigo por fugaça de Seo proprio, e tres meias de vinho que se chama vinho de Maijo, e hum Capaõ, e huma galinha, e parte o paõ de Sete hum, e o vinho de Seis hum.

Na Povoa de VaI de Estevaõ tem mais o Bispo, e Cabbido dous Cazaes de Raçaõ de outo hum, de paõ, e vinho, e de foro Cada Cazal de trigo tres alqueyrez, e tres de segunda pella medida nova, e cada cazal tres meyas de vinho, e hum capaõ, e huma galinha Cada hum cazal, e a mesma Raçaõ de outo hum e pagavaõ do Linho, e Legumes.

E tem mais o dito Bispo e Cabbido bons moinhos, e almoinha ahonde está a hermida de que pagaõ a pençaõ, e foros Segundo se contem em Seu aforamento.

E as novidades Sobreditas -Levaraõ os Cazejros, ou Lavradores dos ditos Cazaes, e terras aos Selleiros, e Adegaz que o dito Bispo e Cabbido tem, ou tiverem no dito Lugar, e naõ a outra parte.

E os maninhos Saõ do Senhorio nos quaes Se guardaraõ nossas ordenaçoens das Sesmarias, e dar se ham com o foro Sobredito da terra, ou por menos se o Senhorio quizer,

As quais Couzas a cada huma dellas mandamos que assim se cumpra, Como atraz fica declarado Segundo pellas partes foi justificado asim, e taõ Compridamente como a todas az outras atras declaradas no dito Foral &.ª Feito em Evora em outo de Maijo de quinhentos, e vinte = El Rey


Ce document tortueux et difficile à déchiffrer semble confirmer la situation de droit et de fait que nous connaissons déjà par la description de Mogofores faite en 1450 par les chanoines de Coimbra. La seigneurie de Mogofores, c'est-à-dire les droits royaux sur Mogofores, continuaient à appartenir conjointement au Chapître de Coimbra et à I'administration de I'évêque, mais selom une clef que l'édit royal confirme et dont il donne tous les détails. Dom Manoel précise − et ceci est plein d' enseignement économique et social − que les nouveaux domaines, dont les emphytéotes défricheront seulement les terres, payeront des droits, pour ce genre de cas, coutumiers, c' est-à-dire bien inférieurs à ceux payés par les caseiros ou lavradores des terres cultivées et même, se plait à ajouter le monarque, le seigneur du lieu peut, s'il le juge convenable, diminuer encore les montants de ces foros. Les nouveaux casais payeront la moitié des droits à la Mitra et la moitié au Chapître, comme quelques-uns des anciens, la majorité de ceux-Ià, cependant, ne possédaient qu'un seul seigneur, le Chapître ou l'évêché, ce qui devait singulièrement simplifier la comptabilité des exploitations.
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L'édit royaI fait un décompte assez compliqué des domaines existants. Autant qu'il est possible de le comprendre, car le document est parfois, quant à son sens, indéchiffrable, il existait alors à Mogofores une vingtaine de casais, dont deux se trouvaient à S. Mateus (Saõ Matheus), deux à VaI Estêvão (Estevaõ) et deux à Alfelas (Alfelloaz). Le foral mentionne encore le casal de Quintella, mais ne parle plus ni des casais de Ribeiro et de Juncal, ni des ferres de Canavai et ne fait qu'une vague allusion à la chapelle et au moulin y attenant. Il reste aussi muet au sujet de l'existence d'un «paço de bispo» et se contente d'indiquer le príncipe (un grenier et un chais à Mogofores), mais non l'endroit précis, ou les droits du prazo devaient être versés.

Il est curieux de constater aussi des changements subvenus dans les usages des réglements des foros. On ne paye plus en espèces mais, exclusivement, en nature, les comptes en livres, dinheiros et soldos «de l'ancienne ou de la nouvelle monnaie» ayant complètement disparu, tout au moins momentanément, des aforamentos.

Mais la grosse révélation du document consiste dans l'emploi par deux fois du terme concelho que l'édit royal substitue ainsi au terme de la carte de donnation de son ancêtre, le roi Sancho lI, qui ne désignait Mogofores que par le lugar. Il est possible que le concelho fut institué sans aucun acte, comme dans bien d'autres cas, par la décision unilaterale des habitants. Quoi qu'il en fut, un acte de cette envergure, pris après délibération avec le conseil et les érudits au sujei des «forais» de nos royaumes et de nos droits et tributs et après consultation des sentences et déterminations générales, ainsi que des résultats d'' enquêtes que nous avons fait faire dont tous les endroits de nos royaumes et seigneuries attribuées aux personncs qui avaient les dits droifs royaux, ne pouvait atribuer à la légère les privilèges du concelho à un village sans que celui-ci ne fut érigé en concelho par un acte ou une décision antérieurs. Ceci montre l'importance qu'acquérait Mogofores au fur et à mesure de ses transformations démographiques et structurales.

Mogofores, qui n'est aujourd'hui qu'une simpIe paroisse, n'a été privé des attributs du concelho qu'en 1836, lors de la réforme administrative, et c'est ainsi que désigné encore par la carte de division administrative, annexée au décret du 18 juillet 1835, il ne figurait plus comme tel sur la carte-annexe du projet de la réforme judiciaire du 29 novembre 1836 (8).

Il est à regretter que l'édit royal ne fasse point mention des noms des emphytéotes ou caseiros-colons. Un seul nom seulement, celui de Fernão de Afonso, est incidentellement signalé.
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Mais, par contre, il est à présumer à la lumiere de l'esprit du texte, que la population de Mogofores ne se composait en 1520, comme en 1450, que d'une seule couche sociale − les colons-Iocataires, que l'édit royal, lui-même, nomme «cazeiros ou lavradores», mais non «herdadores», et dont le nombre, quoique lentement, progressait cependant sans cesse, puisque l'on continuait à défricher la ferre.

Nous ignorons ce qui s'est passé à Mogofores depois 1520 jusqu'à 1605. Mais à cette date il y a eu quelque chose de changé, puisque le Chapîlre (mais non la Mitra) a donné la possession de deux domaines à Mogofores à Sebastião de Figueiredo, en emphytéose pour 4 générations. Ces deux domaines, précise une note qui se trouve aux archives du Cabido se rapportant au livre 17 des emprazamentos, page 253, qui appartenaient au prazo appelé de Mogofores et dont maintenant (la note n.º 31 était écrite le 22 avril 1820 et signée de deux chanoines, Albergaria et Saraiva) est emphytéote Fernando Afonso Giraldes, le père du futur 1.er vicomte de Graciosa, ont été érigés alors en sous-emphytéose (en 1605), d'accord avec M. Aires de Sá, qui était l'emphytéote du prazo de Mogofores. L'aforamento spécifiait encore que le sous-emphytéote du prazo d'Orgal et de Carvalhal, dont il payait des rações sur tout ce qu'il récoltait ainsi que deux poules pour la sainte-Michel, − au seigneur du domaine utile (à l'emphytéote du prazo − seigneur du prazo de Mogofores), avait le droit de désigner son successeur pourvu que ce dernier soit son descendant direct. La priorité de vente de ce foro, était réservée non seulement au Chapître-seigneur direct, mais aussi à l'inquilino − terme curieux et très rare − seigneur du prazo ou du domaine utile de Mogofores. La note nous apprend, enfin, que c'est sur la demande d'un Antonio Nuno de Araujo Cabral Montez qui soIlicitait le renouvellement des droits de ce sous-prazo que cette note a été rédigée. Cet Antonio Nuno de Araujo Cabral Montez, qui était le frère de la dernière sous-emphytéote du (sous) prazo d'Orgal et de Carvalhal, Ana Clementina Cabral Montez, veuve de Francisco Zuzarte de Quadros (9), qui le lui a légué par testament, était le contemporain du seigneur du prazo de Mogofores, Fernando Afonso Giraldes d'Andrade e Menezes, marié à l'héritière du prazo D. Maria Joana das Dores de Bourbon de Melo de Sampaio Pereira de Figueiredo, héritière de la maison de son père.

Il y a eu donc quelque chose de changé dans la structure sociale de Mogofores. Nous voyons apparaître, en effet, à côté des emphytéotes du prazo, des sous-emphytéotes, c'est-à-dire des petits seigneurs de domaine utile qui jouissaient même, tout au/ 309 /  [Vol. VI - Nº 24 - 1940]  moins en théorie, du droit de la vente de leurs droits emphytéotiques. Le document que nous venons de commenter fait usage pour la première fois du terme «inquilino» pour désigner le seigneur du domaine utile ou l'emphytéote du prazo. Enrégistrons ceci car cela nous servira d'indication extrêmement utile par la suite. Sebastião de Figueiredo étant noble, il est, enfin, à présumer que ces entailles au régime de la propriété n'étaient faites, au début, qu'en faveur des familles nobles, appartenant sans doute à la catégorie des «gentilhommes-campagnards».

Le prazo de Mogofores, précise une autre note que nous avons cltée déjà, lorsqu'il s'agissait de donner Mogofores en entier en emphytéose à Aires de Sá, a été accordé le 29 octobre 1663, par le Chapître, pour 3 générations à Francisco de Melo Sampaio. Qui était donc ce nouveau venu, car la famille de Melo de Sampaio n'était pas de la région, − et ce nouveau bénéficiaire de l'aforamento de Mogofores et quelle était sa position par égard à la famille Aires de Sá, qui détenait encore en 1517 les droits emphytéotiques sur Mogofores?

Les livres héraldiques et plus spécialement un livre-manuscrit sur l'arbre généalogique des MeIo Sampaio, conservé pieusement par la famille du colonel Luiz de MeIo Vaz de Sampaio et qui m'a été donné de consulter, apprend, en effet, que Francisco de Melo de Sampaio, noble chevalier en 1668, héritier des majorats de son père et de sa mère, qui se trouvaient en Trás-os-Montes, s'est marié en 1659, à Arcos (à 2 kilomètres de Mogofores) avec D. Maria de Miranda Pereira, Senhora de la Quinta da Graciosa, qui se trouve à 2 kilomètres de Mogofores, fille héritière de Sebastião Pereira de Miranda, seigneur de la Quinta da Graciosa et des prazos de Figueira e de Mogofores.

Munis de ce précieux renseignement, reprennons le fil de notre examen. Le document clair et précis, que nous venons de citer, établit donc que le prazo de Mogofores a passé en 1663, aux mains de la famille Melo de Sampaio, sans préciser que ce transfert avait eu lieu directement de la famille Aires de Sá que nous savions être l'emphytéote du prazo depuis 1478, à celle de Melo de Sampaio ou d'une autre manière.

Cependant le livre 19, fl. 30, des archives du Chapître, comble cette lacune. Il nous apprend, en effet, que la famille de Sá avait possédé le domaine utile de Mogofores de 1478 à 1614 (les «inquilinos» du prazo étant successivement: João de Sá, Aires de Sá, le «licencié», en 1517, le fils de celui-ci Aires Gomes de Sá qui a renoncé à l'emphytéose en faveur de Sebastião de Sá le 6 avril 1552 et, enfin, Aires de Sá, date à laquelle les droits emphytéotiques sur Mogofores furent vendus avec l'assentiment du Chapître par Aires de Sá à un certain Francisco Coelho de Carvalho qui les a vendus de même, le 8 avril 1620, / 310 /   [Vol. I − N.º 24 − 1940]  à Marcos de Figueiredo. C' est ce dernier qui demanda, trois ans plus tard, au Chapître, le délai de la quatrième vie ayant expiré, le renouvellement du prazo en sa faveur; ce qui lui avait été accordé le 13 août 1623 pour 3 vies. L'acte d'emprazamento s'exprime ainsi à ce sujet:

«Au nom de Dieu, Amen; sachez tous ceux qui verront ce document en trois vies qu'en l'ânnée de 1623 le 13 août dans cette ville de Coimbra en la cathédrale... ... dans la maison du Chapître de la dite cathédrale, lieu ou de semblables actes ont l'habitude de se faire, se sont réunis les dignitaires et les chanoines de la dite cathédrale qui ont signé au bas de ce document... et devant eux a comparu Marcos de Figueiredo, habitant à Vila Cova de Soavo (Sub-Avô) et par lui il a été dit... qu'il a pour titre d'achat avec la permission des seigneurs, il y a environ 3 ans... de la quinta de Mogofores avec toutes ses dépendances desquels ils sont seigneurs directs, de Francisco Coelho de Carvalho et de sa femme D. Brites de Albuquerque qui l'ont eu de Aires de Sá e Melo également par titre d'achat qui est dans les' documents de Lopo Andrade, notaire... le 29 juillet de 1614, et parce que au temps ou il l'avait acheté il payait à eux, seigneurs et au dit Chapître... et le dit Aires de Sá avait été la dernière vie au dit prazo, comme il ressortait du titre qu'il présentait et qui avait été fait au licencié Aires de Sá, procureur à la Cour du Roi, fait le 6 juillet 1517 par... et parce que lui avait fait le dit achat avec permission... et qu'il avait payé les droits, comme il ressort... le 8 avril 1620... comme il était vacant et que lui, Marcos de Figueiredo, voulait faire des «bemfeitorias» (améliorations), demandait... le renouvellement de l'emprazamento de la quinta avec ses dépendances pour 3 vies... attendu qu'il était bon «inquilino» et que toujours il avait payé les foros... tels que le possédait le dit Aires de Sá e Melo et lequel comprend... terres, vignes, vergers, taillis, foros, rações, casais et tout le plus appartenant à lui, Marcos de Figueiredo...
        ...3 générations de 3 personnes et pas plus... 3200 reis...»

A Marcos de Figueiredo, cousin par alliance de Aires de Sá e Melo, leurs femmes. respectives, D. Brites de Melo et D. Isabel de Melo étant cousines germaines, succédèrent, comme seigneurs du prazo de Mogofores, ses deux fils Luiz de MeIo et, après la mort de celui-ci, Francisco de Figueiredo. Celui-ci a légué ses droits emphytéotiques sur Mogofores par testament à son neveu, Francisco de Melo de Sampaio (Saõ Payo), 'fils de António de Melo de Sampaio, cousin germain de Francisco de Figueiredo. Le nouveau prétendant au prazo de Mogofores, qui n'était pas d'ailleurs le seul, car il avait un concurrent dans la personne de Marcos Brandão de Abrantes habitant le village / 311 / de Sameice et qui se disait le parent le plus proche du défunt Francisco de Figueiredo (probablement petit-fils de Marcos de Figueiredo du côté de la fille de celui-ci), habitait la quinta de Graciosa qu'il avait héritée de sa femme Maria Pereira de Miranda, héritière de Sebastião Pereira de Miranda, son père, qui a eu cette quinta par testament de son oncle, Francisco Pereira de Miranda, qui la construisit dans le «lugar de Arcos» (à 2 kil. de Mogofores) vers la fin du 16.e siècle (10). Ajoutons, enfin, que le mariage de Francisco de Melo de Sampaio avec D. Maria Pereira de Miranda a eu lieu en 1659 à la chapelle d'Arcos.

L'aforamento de Mogofores était donc fait désormais pour 3 générations au profit du chef de la famille Melo de Sampaio − Pereira de Miranda en 1663, qui avait le droit, stipulaient les clauses du contrat, (p. 239 du livre 21 des Emprazamentos du Tombo do Cabido) de désigner de libre choix son successeur.

En 1769, donc un peu plus de cent ans après l'aforamento en question, la veuve de second mariage du petit-fils de Francisco José de Melo Sampaio − Joana Rita de Bourbon, a demandé au Chapître le renouvellement du prazo de Mogofores à son profit et à celui de sa fille, Maria Joana das Dores de Melo e Bourbon.

En effet, trois générations s'étaient écoulées (11) avec la mort de José de Melo de Sampaio, qui était fils de Luiz de MeIo de Sampaio et petit-fils de Francisco, et le prazo devenait vacant. Il a falIu donc renouveler l'acte d'emphytéose. C'est à l'occasion de cette demande que fut recopié par le Révérend Père docteur Martinho do Amaral Pessoa le Foral de 1520, et dressée, par la même occasion, la liste des «inquilinos», qui étaient tous probablement des «herdadores», avec seulement l'obligation des foros de Mogofores.

C'est ainsi que la liste − annexe du Foral comprend les noms suivants des propriétaires tenus à payer, au seigneur du domaine utile, les foros et rações.

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«ROL DOS INCLINOS QUE POSSUEM FAZENDAS NO COUTO DE MOGOFORES PERTENCENTES, AO PRAZO DO REVERENDISSIMO CABBIDO DA SÉ DE COIMBRA DE QUE HÉ UTIL SENHORIA A EXCELLENTISSIMA SENHORA DONNA JOANNA RITA DE BOURBON DA SUA QUINTA DA GRACIOSA E SÃO OS SEGUINTES»

(Liste des locataires qui possèdent des parcelles au Couto de Mogofores appartenant au prazo du révérendissime Chapître de la Cathédrale de Coimbra duquel est seigneur utile l'Excellentissime Dame, dona Joanna Rita de Bourbon de sa Quinta da Graciosa) qui sont les suivants):

              I. «Couto de Mogofores»

1. Antonio Rodrigues do Ribeiro
2. Alferes João de Souza Correya (sous-lieutenant)
3. Manoel João Ferreira
4. Os herdeiros (les héritiers) de Izabel Seabra, viuva de Pedro Alves (veuve de)
5. Jozefa Maria, viuva de Antonio da Cunha (veuve de)
6. Maria da Conceyção viuva de Manoel Moreyra (veuve de)
7. Miguel Fernandes
8. João Francisco Castellão
6. Roza Soares viuva de Sebastiam Gomes de Seabra (veuve de)
10. Os herdeiros de Joze Rodrigues do Forno (héritiers de)
11. Jozefa da Cunha viuva (veuve)
12. Domingos Pinto de Vasconcellos
13. Os filhos de Joze de Barros (les enfants)
14. Mathias Francisco
15. Maria Gomes viuva de Louro (veuve de)
16. Manoel Nunes
17. Sebastianna da Cunha
18. Os mordomos da Confraria de Nossa Senhora (membtes de la Confrérie de Notre Dame)
19. Izabel Seabra solteira (célibataire)
20. Maria de Almeyda viuva de Matheus Alves (veuve de)
11. Manoel Moreyra
22. Joze Gomes Ferreiro
23. João Gomes Cepos o novo (jeune)
24. Os mordomos da Confraria do Senhor (membres de la Confrérie de N. Seigneur)
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25. Maria solteira filha de Sebastião Gomes (céIibataire, fille de)
26. Sebastião Gomes de Seabra
27. Os filhos de Maria de Seabra da Rua (Ies enfants de)
28. ManoeI Rodrigues do Forno
29. ManoeI Baptista
30. Manoel da Motta
31. Joze Dias
32. O padre ManoeI de Souza (abbé )
33. Joze Gomes soldado (soIdat)
34. Joze Jorge
35. O Reverendo Padre João Velles (Révérend Père)
36. João Gomes Cepos o velho (Ie vieux)
37. Francisca de Souza solteira (céIibataire)
38. Antonio João CaIhantruz .
39. Domingos João Fortuozo
40. Antonio João carpinteyro (charpentier)
4I. Antonio Joze Gameiro

              II. «São Matheus» (à 1 kil. de Mogofores)

1. ManoeI João
2. Maria de AImeida
3. Jozefa solteira filha de Costodio dos Santos (célibataire, flle de)
4. Os herdeiros de ManoeI João Apostolo (héritiers de)
5. Luis Vicente
6. Jozefa Maria viuva (veuve)
7. ManoeI Rodrigues
8. A viuva de ManoeI Marques (veuve de)
9. ManoeI da Encarnaçaõ
10. Bento Joze do Canto
11. ManoeI
12. Antonio João Carrinho
13. Os herdeiros de ManoeI João o Louro (héritiets de)


              III − «Famelicam» (à 1 1/2 kiIom. de Mogofores)

1. Gonçallo AIveres
2. Antonio da Costa
3. Donna Bernarda (Dame)
4. Bento Ferreira
5. Inacio AIveres
6. Bento de Figueiredo
7. Os herdeiros de ManoeI João Fragoso
8. O Doutor Jullião Liborio (docteur)
9. Bento Joze de AImeyda
10. O Doutor Joze Ferreira Coutinho (docteur)

___________________________________________________

(1) Novas fontes de história local portuguesa. As informações paroquiais da Diocese de Coimbra pedidas pela Real Academia da História em 172I, coleccionadas por ANTÓNIO GOMES DA ROCHA MADAHIL. Coimbra, 1934.

(2) Volume I, p, 181. Coimbra, 1938 (420 p.).

(3) Le domaine de Canavai se trouve aujourd'hui en dehors des limites de Mogofores, mais il touche aux premières habitations de celui-ci.

(4) Le caractère apocryphe de cette version légendaire aparaît en toute évidence à la lueur des documents authentiques cités par JOAQUIM DA SILVEIRA − Revista Lusitana, voI. XVII, 1914. Un de ces documents datant de 1082, (P. M. H. Dipl. et Ch. N.º 605) s'exprime au sujet des limites de Monsarros, localité située à 3 kilomètres d'Anadia, en termes suivants: «dividet cum Quintanella (aujourd'hui Quintella da Igreja) et per illa Nadia et Inde per illa ecclesia Sancta Martini (aujourd'hui chapelle du même nom près de Monsarros)... dividet de alia parte cum Vilanova (aujourd'hui Vila Nova de Monsarros)». Il en résulte, qu'Anadia s'appelait en 1082 «Nadia» ou «illa Nadia», ce qui a fait d'elle, a en portugais équivalant à iIIa en latin, Anadia 60 ans plus tard dans un acte de donnation du «couto de Aguim» (à 3 kil. d'Anadia). Le Dom de Nadia, d'origine latine (nativa), s'expliquerait par l'existence des multiples sources à l'endroit même ou se trouve l'agglomération. Cependant on pourrait encore risquer la supposition que la version légendaire sur l'origine d'Anadia, tout en étant fausse, en ce qui concerne le côté etymologique de cette origine, ne l'est pas en ce qui concerne la personne d'Ana Dias, qui, elle, aurait pu exister bel et bien.

(5) − Il semble qu'il y ait confusion avec les habitants du casal Juncal, mais comme lees rchanoines n'en disent mot, nous sommes obligés de signaler la présence de deux couples: Anes-Peres. Il est, cependant, plus vrai-semblable que l'Alvaro Anes et son synonyme natural de Fonte, ne faisaient qu'un et que le ménage Alvaro Anes-Maria vel Senhorinha Peres exploitaient les terres des deux casais, comme c'était le cas pour d'autres personnes, ce que signale le document examiné.

(6) Voir «Livro 1º, Parte IV, p. 524», des archives du Chapître.de Coimbra.

(7) Ce n'est qu'après la composition de ces ligues que nous avions pu prendre connaissance du texte du premier foral de D. Manuel I qui se trouvait aux archives de Ia Tour du Tombo à Lisbonne. II ne parle pas encore du concelho et se contente de signaler la présence à Mogofores, qu'il appele Mogafores, de 5 casais appartenant au Chapître et «autant» à la Mitra aux mêmes conditions de foro qu'il énumère (Liv. de Forais Novos da Estremadura, p. 138).
 

(8) Voir Arquivo do Distrito de Aveiro, voI. VI, pág. 233.
 

(9) Dont le nom figure sur la liste des «inquilinos» de Mogofores en 1780: II habitait alors Coimbra (voir plus tard).

(10) Francisco Pereira de Miranda était I'arrière petit-fils de Rui Borges, seigneur du Couto de Avelãs de Cima qui se trouve à 2 kilometres de Mogofores. Son héritier s'y était adjoint Arcos qu'hérita à son tour son petit-fils en ligne directe Francisco P. de M. qui, à son retour d'Afrique, y construisit Ia «Casa» de Graciosa.

(11) Francisco de Melo de Sampaio et Maria Pereira de Miranda ont eu un fils-héritier, Luiz de Melo de Sampaio, seigneur de Ia maison de son père et de sa mère, noble chevalier en 1684, qui s'est marié en 1695 dans Ia chapelle de Graciosa avec sa cousine, D.ª Micaela de Abreu Sampaio.

Luiz de Melo de Sampaio et Micaela de Abreu de Sampaio ont eu un fils-héritier, José de Melo de Sampaio Pereira de Figueiredo, seigneur de Graciosa et du majorat de Ramiro (institué en 1608), noble de Ia maison royale en 1734, maìtre de camp qui s'est marié en seconde noce avec Dª Joana Rita de Bourbon de Almeida Peixoto.
 

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